Salles de consommation à moindre risque : à quand à Bruxelles ?

Communiqué de presse (FEDITO BXL asbl) | La semaine dernière, le corps d’un homme de 42 ans a été retrouvé dans le parking Brunfaut à Molenbeek-Saint-Jean. Il s’agit d’un SDF qui vivait dans des conditions proprement indignes, et qui est mort d’une overdose (1).

C’est pour répondre à des drames de ce genre, qu’à Liège, le bourgmestre Willy De Meyer a récemment annoncé vouloir « passer en force », pour la mise en place d’une salle de consommation à moindre risque, et ce malgré le refus au niveau fédéral. Car effectivement, les salles de consommation à moindre risque sont strictement interdites par une Loi Drogues presque centenaire, datant de 1921.

On dénombre pourtant déjà près de nonante salles de consommation à moindre risque en Europe, dont dans tous les pays limitrophes de la Belgique. Les Pays-Bas et l’Allemagne s’en sont dotées il y a déjà près de trente ans. Le Luxembourg et la France, plus récemment. Les nombreuses évaluations scientifiques, comme celles de l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies, les reconnaissent comme constituant de bonnes pratiques. (2)

Concrètement, les salles de consommation à moindre risques sont des dispositifs socio-sanitaires permettant de créer du lien avec des personnes grandement précarisées, de les informer et de les sensibiliser à la réduction des risques liés à la consommation, ainsi que de leur prodiguer des premiers soins (3).  Elles permettent de diminuer les infections et la propagation de virus, et de sauver des vies. Elles aident également à diminuer les nuisances publiques.

Une réelle politique de santé publique à l’égard des usagers de drogues impose de mettre en place un pareil dispositif dans toutes les grandes villes en proie à des consommations de rue, comme à Bruxelles.

C’est en tout cas l’avis du secteur spécialisé ainsi que de certains représentants de la Justice et de l’Académie Royale de Médecine.

Le Parlement Bruxellois Francophone entendra ces témoignages, jeudi 29 mars dès 9.00, lors d’une conférence-débat. Une représentation parisienne permettra d’en savoir davantage sur l’expérience actuellement en cours en France.

Politiques, citoyens, et professionnels du social, de la santé ou encore de la justice, seront invités à prendre la parole et échanger autour des avantages d’un tel dispositif à Bruxelles.

Programme et inscription (gratuite)

Salle de [consommation à moindre risque] : Ecolo, PS et Défi disent oui (DH)

À l’occasion de la journée Drugs In Brussels, les partis se sont positionnés pour ou contre l’ouverture d’une salle de consommation de drogues à Bruxelles.

2018 sera-t-elle l’année où les politiques oseront enfin parler drogue ? C’est en tout cas ce qu’espère Sébastien Alexandre, de la FEDITO BXL, la fédération bruxelloise francophone des institutions pour toxicomanes.

« Avec l’approche des élections, j’ai bon espoir que le débat politique autour des drogues va pouvoir avancer », explique-t-il. Ce mercredi matin, des acteurs du secteur et des hommes et femmes politiques étaient rassemblés au Parlement bruxellois pour jouer cartes sur table. Au centre des discussions : l’ouverture d’une salle de consommation de drogues, la légalisation du cannabis et la dernière loi qui prévaut pour tout ce qui est drogue qui date de… 1921 !

Autour de la table, les politiques se sont prêtés au jeu. Chacun a présenté ce qu’il y avait au sujet des drogues dans son programme. En particulier, ils se sont positionnés par rapport à l’ouverture d’une salle de consommation de drogues sur le territoire bruxellois.

Parmi les partis présents, il en ressort qu’Ecolo, Défi, le PS et le SPA sont en faveur d’une telle salle. Alors que le CDH émet des doutes et que les autres sont carrément contre.

Du côté de Défi, l’appel avait déjà été lancé au gouvernement fédéral en septembre dernier par la ministre de la Santé du gouvernement francophone bruxellois Cécile Jodogne. Ce mercredi, Fabien Maingain a annoncé que rien n’était écrit clairement dans le programme mais qu’il n’excluait pas le fait de pouvoir ouvrir une salle de consommation de drogues.

En ce qui concerne Ecolo, Alain Maron affirme qu’un texte prévoyant notamment ce genre de salle a été envoyé au Conseil d’État qui n’a pas encore réussi à statuer si une telle salle serait légale dans les conditions actuelles de la loi. Il souligne aussi le fait que les partis qui sont les plus réfractaires à l’installation de ce type de salle font face aux doutes des bourgmestres qu’ils ont à Bruxelles. « C’est le niveau de pouvoir le plus proche du citoyen. C’est eux qui devront faire face au mécontentement de leurs habitants si une salle de consommation s’installait dans leur quartier, c’est compréhensible. Mais nous n’avons pas ce problème chez Ecolo. »

Enfin, pour le PS , Julien Uyttendaele a annoncé qu’ils étaient clairement pour l’ouverture d’une telle salle bien que cela ne soit pas encore précisé dans leur programme. Il soutient aussi la création de stéribornes, un dispositif qui permettrait de distribuer des seringues stériles aux personnes qui en auraient besoin.

Source : Salle de shoot : Ecolo, PS et Défi disent oui (DH)

Étude de faisabilité de salles de consommation à moindre risque en Belgique (2018)

Les usagers de drogues illicites (UDI) font l’expérience d’un vaste ensemble de dommages liés à cette consommation de drogues. Dans le monde entier, les Etats ont, depuis de nombreuses années, développé diverses options politiques en matière de drogues qui visent à réduire de tels dommages, lesdites politiques de Réduction des risques (Csete et al., 2016; Strang et al., 2012).

Cette composante désigne les politiques, les programmes et les pratiques visant principalement la réduction des conséquences négatives connexes à l’usage de drogues psychoactives, légales ou illégales, sur les plans sanitaire, social et économique, sans pour autant viser la réduction de la consommation elle-même.

La Réduction des Risques est basée sur un modèle de santé publique dont l’objectif premier est d’améliorer l’état de santé et de bien-être des usagers de drogues tout en réduisant les dommages pour la population et la société. Il s’agit donc d’un complément aux approches qui visent la prévention et la réduction de l’usage de drogues en général (EMCDDA, 2010).

Des organisations internationales considèrent les interventions de Réduction des risques comme des good practices. Celles-ci incluent les traitements de substitution aux opiacés, les programmes d’échange et d’accès aux seringues et aux aiguilles, ou les traitements par délivrance d’héroïne contrôlée.

L’une des interventions spécifiques de Réduction des Risques sont les salles de consommation à moindre risque (SMCR), que l’on définit comme des lieux reconnus légalement, offrant un environnement hygiéniquement sûr, où des individus peuvent consommer les drogues qu’ils ont obtenues préalablement, sans jugement moral, et sous la supervision d’un personnel qualifié.

Bien que les SMCR peuvent varient quant à leurs procédures opérationnelles et leurs modèles de fonctionnement, leurs objectifs sont similaires. La finalité générale des SMCR est d’entrer en contact avec les populations d’UDI les plus à risque et de répondre à leurs problèmes, principalement les usagers injecteurs et ceux qui consomment en public. Pour cette population, les SMCR visent à réduire les risques de transmission d’infections, ainsi qu’à diminuer les problèmes de morbidité et de mortalité liés aux overdoses et aux autres dommages associés à l’usage de drogues en milieu non-hygiénique ou peu sûr.

En plus de ces objectifs sanitaires, les SMCR visent également à réduire les nuisances liées à l’usage de drogues dans des lieux publics et de diminuer la présence de seringues et d’aiguilles usagées sur la voie publique, ainsi que d’autres problèmes d’ordre public en relation avec les scènes ouvertes de consommation de drogues. Ainsi, les SMCR visent à diminuer les conséquences négatives de l’usage de drogues illicites, tant au plan individuel que social.

De tels services de Réduction des Risques sont opérationnels depuis 1986. En 2017, l’Europe compte 90 SMCR officielles dans huit pays: au Danemark, en Norvège, en Espagne, en Suisse, et dans les quatre pays voisins de la Belgique: en France, en Allemagne, au Luxembourg et aux Pays-Bas.

Des preuves scientifiques substantielles ont été obtenues au cours des trente dernières années à propos de l’efficacité des SMCR. Malgré des différences opérationnelles, on a montré des effets positifs des SMCR tant pour les UDI que pour la population générale, en particulier lorsqu’elles sont intégrées dans le tissu des autres services d’assistance locale.

En outre, la fréquentation et l’utilisation des SMCR ont été associées à une réduction significative des accidents par overdose et des problèmes liés à l’échange de seringues usagées, des blessures par injection, sans pour autant engendrer une augmentation du nombre d’UDI et sans affecter les taux de rechute. Les SMCR constituent aussi un point d’entrée important vers les services de soins et autres services sociaux pour usagers de drogues.

Sur le plan social, la mise en place de SMCR a permis d’améliorer l’ordre public en réduisant la présence de déchets liés à l’injection sans pour autant avoir augmenté la criminalité associée à l’usage de drogues. Ainsi, les SMCR ont été évaluées comme ayant atteint leurs objectifs de santé et de sécurité publique, et trouvent donc leur place dans l’ensemble des services destinés aux UDI (Kennedy, Karamouzian, & Kerr, 2017; Potier et al., 2014).

Cependant, malgré l’abondance de preuves scientifiques, la mise en place de SMCR reste un sujet très controversé, bien que ce soit à l’agenda politique d’un grand nombre de pays dans le monde (par ex. en Irlande, en Ecosse, ou aux Etats-Unis). Pourtant, à ce jour, il n’existe pas de SMCR en Belgique.

La Cellule Générale de Politique Drogues a publié un document de travail en 2016 à ce sujet (CGPD, 2016). Ce document s’interroge sur la faisabilité et les conditions préalables à remplir pour la mise en place de SMCR en Belgique, avec une attention spécifique aux besoins et aux aspects organisationnels, budgétaires et légaux. Une des sept conclusions finales du document était qu’une étude de faisabilité était nécessaire si l’on voulait mettre en place de telles SMCR. C’est donc dans ce contexte que la Politique Scientifique Fédérale (BELSPO) a commandité, pour la première fois, une recherche évaluant cette faisabilité en Belgique.

Etude de faisabilité des salles de consommation de drogues à moindre risque en Belgique (DRUGROOM) : résumé

Télécharger le rapport final de l’étude « Drugroom » :  Étude de faisabilité de salles de consommation à moindre risque en Belgique (2018)

Fiche du projet de recherche BELSPO

Le conseil communal de Liège soutient l’ouverture d’une salle de consommation de drogues (sudinfo.be)

Toutes les formations présentes au conseil communal de Liège, tant de la majorité que de l’opposition, se sont prononcées lundi soir en faveur de l’ouverture d’une salle de consommation sur le territoire de la ville de Liège. Après le collège communal, le conseil appelle le gouvernement fédéral à modifier les dispositions légales en matière de consommation de drogue.

A l’instar de grandes villes d’Europe, le bourgmestre de Liège souhaite voir s’ouvrir dans sa ville une salle de consommation dite à moindre risque afin de réduire les nuisances engendrées par la toxicomanie de rue. «  Les scènes de consommation de drogue sur le territoire public créent de la détresse, d’abord chez les toxicomanes eux-mêmes puis auprès des citoyens qui m’interpellent à ce sujet parce qu’ils ne veulent plus voir cela mais ils disent aussi qu’il faut traiter ces personnes dignement. Détresse aussi des travailleurs sociaux et des policiers qui sont désormais démunis  », a précisé le bourgmestre de Liège, soulignant qu’il rencontrera la semaine prochaine le procureur général de Liège, Christian De Valkeneer, afin d’obtenir son soutien.

Source : Le conseil communal de Liège soutient l’ouverture d’une salle de consommation de drogues (sudinfo.be)

La politique drogues en Belgique jugée inadaptée (Le Guide Social)

Le collectif #STOP1921 souhaite faire prendre conscience de l’obsolescence de la politique de prohibition des drogues. En effet, celle-ci date de 1921 et n’a été que légèrement modifiée depuis sa création.

La loi de 1921 régit les comportements liés à l’usage de drogues de façon punitive. Depuis le début des années 60, la consommation de drogue n’a cessé d’augmenter. Avec elle s’est développé un véritable marché qui ne connait pas la crise et ce, malgré la politique répressive du royaume en matière de substances illicites. Par conséquent, le nombre de personnes incarcérées pour consommation de stupéfiants est lui aussi important : 1 détenu sur 3. La campagne #STOP1921 souhaite inverser cette logique répressive qui est un échec, au nom d’une cause qu’elle qualifie de défi de santé public. Elle est à l’initiative de la FEDITO Bruxelles, Bruxelles Laïque, et Liaison Antiprohibitionniste.

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Bruxelles: encadrer l’usage de drogue pour aider certains toxicomanes, une des propositions du plan de sécurité régional (lacapitale.be)

Un projet de plan régional de sécurité sera sur la table aujourd’hui [jeudi 24/11/2016] du Conseil régional de sécurité. Le document, que La Capitale a pu découvrir en primeur, aborde dix thématiques jugées prioritaires. Parmi elles, la drogue et les assuétudes. Avec une proposition innovante. Faire modifier une loi afin de développer deux expériences d’aide aux toxicomanes. La délivrance d’héroïne sous contrôle médical à certains toxicomanes qui ne supportent pas le traitement à la méthadone, comme le projet Tadam qui a été mené à Liège durant 2 ans.

Source : Bruxelles: encadrer l’usage de drogue pour aider certains toxicomanes, une des propositions du plan de sécurité régional – lacapitale.be