Charte de la Réduction des Risques

Définition

La réduction des risques est une stratégie de santé publique qui vise à prévenir les dommages liés à l’utilisation de « drogues[1] ». Elle concerne tous les usages, qu’ils soient expérimentaux, récréatifs, ponctuels, abusifs ou inscrits dans une dépendance. La réduction des risques peut également s’adresser aux personnes qui s’apprêtent à consommer une drogue pour la première fois.  Les risques principalement associés aux drogues sont les risques de dépendance, de lésions somatiques et les risques psychosociaux.  Ils peuvent avoir pour conséquences une morbidité, une mortalité et une exclusion sociale que ces stratégies visent à réduire.

Cette approche s’inscrit dans une démarche de promotion de la santé physique, mentale et sociale.  La RdR se distingue de la prévention de l’usage et des traitements, dont elle se veut complémentaire.  En effet si les traitements ont pour objectif un changement d’ordre sanitaire et / ou psychosocial, si la prévention a pour objectif de diminuer l’incidence de l’usage de drogues dans la population, la réduction des risques, quant à elle, a pour objet de réduire les risques et de prévenir les dommages que l’usage de drogues peut occasionner chez les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas s’abstenir d’en consommer.

[1] Dans ce document, le terme « drogue » doit être entendu comme toute substance psychoactive, licite ou illicite, pouvant provoquer des dommages pour la santé mentale, physique et sociale, susceptible d’un usage abusif et pouvant ou non faire l’objet d’une dépendance.

Enjeux de la réduction des risques

Les épidémies du sida et des hépatites ont démontré qu’il était urgent d’aborder l’usage de drogues en termes de santé. En conséquence, la réduction des risques se propose de promouvoir la santé, le bien être, la dignité et la citoyenneté des usagers de drogues. Cette approche socio-sanitaire de l’usage de drogues est parfois en tension avec d’autres enjeux, notamment sécuritaires.

Les constats

Une société sans drogues n’existe pas

On ne connaît pas d’exemple d’une seule société humaine qui n’ait pas eu recours à une drogue ou à un psychotrope quelconque.  Il y a et il y aura toujours des personnes qui expérimentent, usent, voire abusent de drogues.  Néanmoins l’usage abusif de masse semble être typique du monde contemporain, ce qui soulève des questions légitimes de santé publique.  Ce constat,  sans écarter le débat sur la causalité de l’usage et de l’abus de drogues, doit inspirer des stratégies de réduction de risques conçues dans une logique de santé publique.

Le  risque zéro n’existe pas

Toutes les activités humaines comportent des risques qu’il est possible de réduire mais non de supprimer.  La prise de risque fait partie intégrante de l’existence. Une vie sans risques est impossible. Personne ne peut s’y soustraire, ni l’usager de drogues, ni les intervenants.

La notion de risque est relative

Même s’ils adoptent certains comportements à risque (consommer une drogue, se l’injecter au risque de contracter une infection virale, s’exposer à une overdose, …), les usagers de drogues ne sont pas prêts à tout risquer.  La plupart des usagers de drogues témoignent d’un intérêt pour les modes de consommation à moindre risque.

La prohibition des drogues maximalise les risques

La prohibition contraint l’usager de drogues à la clandestinité, créant ainsi les conditions d’une consommation risquée.  Il faut donc prendre acte du fait qu’il est contre-productif de criminaliser les usagers de drogues. En effet, la prévention de l’usage de drogues ou l’assistance des usagers problématiques est entravée par cette criminalisation, qui a pour conséquence d’augmenter la marginalisation et la criminalisation dont souffrent déjà certains usagers de drogues.

Une information objective n’est pas incitatrice

Une information claire, crédible, objective et accessible sur les risques associés à l’usage de drogues n’a pas pour effet une incitation à l’usage de drogues, quand elle s’adresse à des personnes en situation de consommation. Il en va de même pour la mise à disposition de moyens de consommer des drogues à moindres risques.

Les valeurs

Reconnaître l’usager de drogues comme une personne à part entière

La réduction des risques reconnaît l’usager de drogues avant tout comme une personne, avec sa dignité, son humanité.  L’usage de drogues et la prise de risques associée peuvent avoir un sens pour la personne, même si ce sens lui échappe.

Ne pas juger  la consommation de drogues

En tant que professionnels de l’aide sociale et de la santé, nous respectons l’usager de drogues dans ses choix et décisions en ce qui concerne la consommation de drogues.  Il ne nous appartient pas de poser un jugement moral sur la consommation des personnes.

Reconnaître des finalités propres à la réduction des risques

Les objectifs de la réduction des risques liés à l’usage des drogues, et en particulier la prévention du sida et des hépatites, ne doivent être confondus avec la prévention de l’usage de drogues. La prévention, le traitement et la réduction des risques concourent ensemble à la promotion de la santé de la population en général et des usagers de drogues en particulier.  Pragmatique, la réduction des risques intervient auprès des usagers de drogues, à tous les stades de leur consommation, de ses pratiques et de son insertion sociale. Les objectifs de la réduction des risques ne sont pas subordonnés à ceux de    l’abstinence, du traitement ou de la répression de la criminalité.

Affirmer le droit  de l’usager de drogues à la participation sociale

En dépit du statut illégal de certains de ses comportements, comme tout individu, l’usager de drogues a droit à la participation sociale, à la santé, à l’éducation, au travail, au respect,. Pour autant que les moyens  leurs en soient donnés, la plupart des usagers de drogues sont capables d’agir de manière responsable vis-à-vis d’eux-mêmes et d’autrui, peuvent être acteurs de la société et de la réduction des risques liés à l’usage de drogues.    Il n’y aurait, par exemple, pas d’échange de seringues sans la participation responsable des usagers de drogues.

Principes d’intervention

Ne pas banaliser l’usage de drogues

La réduction des risques se préoccupe de ne pas banaliser le recours aux drogues.

Donner aux usagers de drogues les moyens de réduire les risques

La réduction des risques s’attache à rendre accessible l’information sur les risques liés aux consommations et les manières de les réduire et, au-delà, à procurer des outils pratiques tels que matériel stérile d’injection, préservatifs, analyse scientifique de substances, traitements de substitution etc.

Encourager les prises de responsabilité des usagers de drogues

Les interventions de réduction des risques visent à permettre aux usagers de drogues de s’approprier les moyens et outils de réduire les risques pour eux-mêmes, leur entourage et la société. Elles soutiennent la création et le développement d’associations d’auto-support.

Aller à la rencontre de l’usager de drogues dans son milieu de vie

La rencontre des usagers de drogues est activement recherchée par les intervenants de réduction des risques.  Ils privilégient l’approche « de proximité » c’est à dire l’intervention dans les lieux de vie mêmes des usagers de drogues, en rue, en prison, au travail, en milieu festif, etc.

Faire participer les  usagers de drogues :

Les interventions de réduction des risques se développent sur base de l’articulation entre le savoir scientifique, les connaissances tirées de l’expérience des usagers de drogues et leurs préoccupations.  Ainsi, nous considérons comme essentiel le partenariat avec des usagers de drogues à tous les stades des interventions, depuis leur élaboration jusqu’à leur évaluation.

Faire évoluer les représentations sociales sur les usagers de drogues

L’usager de drogues véhicule généralement une image négative, relayée, entretenue, amplifiée voire générée par certains médias et discours politiques: asocial, dangereux, hors-la-loi, malade, etc.  Ces représentations sociales négatives entretiennent la stigmatisation et l’exclusion des usagers de drogues. Renforçant ainsi les pratiques clandestines de ces derniers, elles restreignent l’accessibilité aux dispositifs socio-sanitaires et donc contribuent à augmenter les risques. Au défi de ces représentations sociales dominantes, la réduction des risques fait valoir la dignité des usagers de drogues tant auprès de publics spécifiques, tels que le monde politique, le monde associatif, les pharmaciens, les médecins, etc. qu’auprès du grand public.

Sensibiliser les professionnels de différents horizons aux interventions

Les interventions de réduction des risques visent à associer dans nos interventions toutes les personnes en contact ou susceptibles d’être en contact avec des usagers de drogues (pharmaciens, employés communaux, agents pénitentiaires, agents de protection de l’environnement, agents de police, …).

Développer une réflexion et une évaluation constantes

La dimension expérimentale du champ de la réduction des risques et les questions éthiques qu’elle soulève, imposent une évaluation constante des interventions, des pratiques   et des besoins ainsi qu’une recherche sur les objectifs et les méthodes.


Les associations suivantes ont signé et adhèrent à la Charte :

Modus Vivendi, la Fedito bruxelloise, la Fedito wallonne, la Ligue des Droits de l’Homme, le Centre d’action Laïque, la Liaison Anti-prohibitionniste, Psychonaut.com, Union contre la Co-infection VIH/Hépatites/Tuberculose (UNICO HIV/HV/TB).

Si vous êtes une association et désirez adhérer à la Charte, contactez-nous!
Si vous êtes un particulier
, vous pouvez dès à présent soutenir la Charte en y apposant votre signature via le formulaire ci-dessous.

Soutenez la Charte de la RdR

La Charte de la Réduction des risques a pour objectif de constituer le socle conceptuel de toute démarche pouvant se réclamer de la réduction des risques liés à l’usage de drogues en Communauté française de Belgique. A ce titre, les signataires de la présente s’engagent à en respecter l’esprit et les termes dans leurs interventions relatives à l’usage de drogues. Cette charte a été élaborée sur l’initiative de Modus Vivendi asbl et a fait l’objet d’une concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur socio-sanitaire concernés par la problématique. JE SOUTIENS CETTE CHARTE.

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Derniers signataires :
221Jacqueline CollinHamoisBelgiumMai 23, 2017
220Clément DegrendeleFrasnesBelgiqueMai 20, 2017
219Cyril Brouillard TournaiBelgiumMai 17, 2017
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213Wodiété Franz Eddy KonéabidjanCôte d'IvoireOct 31, 2016
212Alexandre PrévostAntonyFranceOct 21, 2016
211Godefroi GLIBERTBruxellesBelgiumOct 20, 2016
210Vanessa SalveriusOBOURG (SAINT-DENIS)BelgiqueOct 10, 2016
209Alice DupontmonsBelgiumAoût 30, 2016
208Christian MounirSatigny, GenevaSuisseAoût 05, 2016
207mostapha elghachaouitangermarcJuil 30, 2016

3 réflexions au sujet de « Charte de la Réduction des Risques »

  1. Bonjour à vous,
    Plusieurs années d’intervention sociale en région liégeoise selon « les approches de RDR » (Boule de Neige, échange de seringues, etc, etc, …, notamment). L’approche s’articule, il me semble, autour du « prendre soin », « du souci de soi vers l’autre ». Une approche qui suppose l’humain dans sa maturation, de même que dans sa prise de posture. Une approche « dans le respect », « du respect ».
    Néanmoins, je constate la difficulté de sa mise en oeuvre, son inclusion dans les dispositifs collectifs. Difficile et questionnant. De quoi nourrir l’indignation.
    Aujourd’hui, je me re-trouve responsable d’un service d’aide et prévention en Gaume (et néanmoins Plan Stratégique de Sécurité et de Prévention). Lieu où l’approche de Réduction des Risques ne semble pas « privilégiée », voire « envisagée », voire »pertinente », voire…
    Voilà quelques mots, quelque soutien…
    Que tout aille pour un mieux, pour vous, pour tous…

  2. Intervenant au sein de l’association Hasnouna de Soutien aux Usagers de Drogues à Tanger (AHSUD).

    Avec le changement de la communauté, il y a un changement de l’intervenant(e) / travailleurs(e) sociale, et il y a aussi le changement d’un environnement qui englobe l’usager(e) et l’intervenant(e) dans une même société qui est elle-même en constante mutation et impasse de projet de modernité. Je me vois comme travailleur social marocain, dans un contexte du Nord du Maroc et spécialement Tangérois, le contexte est bien sûr différent du sud du Maroc : différence de mentalités et différence de type de thématiques à traiter.
    La toxicomanie peux avoir des répercutions multiples et négatives sur la personne, comme la perte des études, des liens familiaux, de criminalité, et de déchéance sociale. Elle est en même temps un indicateur sur l’état de santé de la société et une bonne appréciation du respect de l’Etat à ses obligations ; autrement, on ne peut concevoir une action contre la toxicomanie loin d’une action de développement social.

  3. Reconnaissant des terribles menaces engendrés par la consommation de drogue injectable,l’Association AINGA/AIDES dont je fais partie a lancé le Programme de Réduction des risques à Madagascar en commençant par le Programme d’échange de seringue,campagnes de sensibilisation,le plaidoyer. Les consommateurs confrontent d’innombrables problèmes notamment à l’accès limité aux soins , la répression,la discrimination et stigmatisation. En effet,nous sommes engagé et soutenons tous les efforts y afférents.

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